Le chemin du guerrier pacifique


Dans leur enfance, beaucoup de gens ont entendu des phrases comme «  la vie est difficile »,  « il faut se battre pour réussir », « personne ne te fera de cadeau », « méfie-toi, le monde est plein de gens malveillants » «  les gens voudront te prendre ce que tu as, il faudra le défendre » et autres joyeusetés du même acabit... 

Personnellement, c’est le genre de discours que j’ai entendu. Mes parents, enfants pendant la guerre, avaient vécu des situations que nous ne pouvons même pas imaginer, et s’étaient forgé des convictions qu’ils nous ont transmises, parce que c’est ce qu’ils avaient connu. C’était devenu leur vérité, voire même LA vérité, la seule et l’unique. 

Et moi, comme beaucoup, j’ai cru ce qu’ils me disaient, même si je n’aimais pas ça. Après tout, ils étaient grands, ils savaient surement mieux que moi, si petite et ignorante. Ah oui, tiens c’est quelque chose que j’ai entendu aussi ça « mais tu es trop petite pour … (complétez selon votre envie) C’est peut-être pour cela que j’ai grandi en taille, pour qu’on ne me le dise plus ?

Jusqu’à l’âge de 13 ou 14 ans, j’allais à l’église tous les dimanches. Mes parents sont catholiques, pas vraiment pratiquants, mais c’est ce qu’on faisait à l’époque (oui je sais, ça fait « vieux » ce genre de phrase !). Je n’aurais même pas pensé dire « je n’ai pas envie d’y aller, je m’ennuie, c’est toujours la même chose » 

Il faut aussi le dire, c’était l’occasion de retrouver ses potes. Après la messe, on allait se balader, acheter des bonbons, on rigolait, c’était cool. Et on rentrait sagement à la maison pour le repas dominical en famille, la vie était belle et simple. 

Dans ce lieu de culte, mes amis et moi avons entendu d’autres choses très « intéressantes » comme « il faut gagner son pain à la sueur de son front » ou « il faut souffrir pour mériter sa peine », etc. 

Wow, voilà qui fait drôlement envie. Non seulement il va falloir aller bosser, au lieu de s’amuser, mais en plus ça va être difficile. Bonjour la programmation !  

Pourquoi ne nous a-t-on pas présenté le « travail » comme une occasion d’apprendre et de progresser, et comme un jeu ? 

La programmation a donc commencé à la maison, avec nos parents et autres tiers référents, et ça a continué partout où nous allions.


Lorsque nous sommes allés à l'école, il a fallu être le meilleur, le premier de la classe, battre les autres. Les systèmes de notation, que ce soit des chiffres, des lettres ou des couleurs, ont tous la même vocation, nous faire sentir tout petits et pas assez bons. On créée l’esprit de concurrence à partir de la maternelle ! On marche sur la tête, là ! 

Pour ceux qui ensuite ont fait des études supérieures à l’université ou dans les grandes écoles, la concurrence a été rude, là aussi, il fallait gagner à tout prix. 

Puis nous sommes arrivés dans l'entreprise où le langage est emprunté à « l'art » de la guerre de Sun Tzu : on y lance des campagnes (de pub, de marketing) on y développe des stratégies, il faut défendre son marché, il faut vaincre et faire mordre la poussière à ses concurrents. 

Si nous avons choisi d'être en libéral, il faut être le meilleur, en faire plus que ses concurrents, se différencier, attaquer sous un autre angle, gagner des parts de marché. 

Puis après une dure journée de labeur, lorsque nous faisons nos courses, on nous clame que les prix sont « sacrifiés » ou « écrasés », et qu’il faut en profiter pendant que ça dure. 

Tout autour de nous, dans les journaux et les médias, on nous rappelle sans cesse cette triste réalité : la vie est un combat, qu'il faut gagner. Il faut être le plus fort, aller plus vite, dépasser tout le monde. 
Certains s'appuient sur « la loi du plus fort » ou la théorie de la sélection naturelle, pour justifier cet esprit guerrier, concept développé par Charles Darwin dans « L’origine des Espèces ».


Et pourtant les recherches scientifiques récentes montrent que dans la nature, c'est la loi de la coopération qui s'applique. Les espèces ont besoin les unes des autres pour survivre, et de ce fait, elles collaborent entre elles. 

Oui, c’est vrai, certaines collaborent en se laissant manger par d'autres, c'est assez violent, mais nous ne sommes pas au pays des Bisounours (tiens au fait, qu'est-ce qu'ils mangent les Bisounours ?) 

Alors la question que je me pose est, comment nous, êtres humains dits « évolués » pouvons-nous collaborer pour avancer ensemble ?

Comment pouvons-nous nous soutenir les uns les autres, plutôt que de nous « tirer dans les pattes » ou d’agir uniquement pour sa gue… euh je veux dire pour sa petite personne (pour rester polie !) 

N'irions-nous pas plus loin tous ensemble, aussi bien à titre individuel qu'en tant que groupe ? 

Ne seraient-ce pas là des questions brûlantes d’actualité, vu la situation que nous vivons en ce moment ? 

Plus que jamais nous pensons que nous devons lutter, notamment contre ce virus qui fait des ravages, et bien sûr qu’il faut chercher des remèdes. Mais cela nous échappe, à moins d’être un brillant esprit scientifique, ce qui n’est pas mon cas. 

Alors, à notre échelle, par rapport à la situation et dans nos vies en général, que pouvons-nous faire de différent, à titre individuel, pour apporter une contribution positive ?


Bon, je sais qu’en ce moment, on nous recommande de ne pas toucher les autres, de ne pas nous serrer la main, de garder les distances sociales, on nous parle de geste barrières, mais nous pouvons nous tendre la main autrement. 

Appeler les proches que nous ne pouvons aller voir, nos amis, faire des visio conférences, envoyer des mails, se parler par messageries... Oui, ça ne remplacera jamais un vrai contact humain, mais pour le moment c’est tout ce que nous avons. Et cela a le mérite de nous permettre de garder le lien.

Nous pourrions aussi décider que la vie n’est pas obligatoirement un combat de tous les instants.

Nous pourrions devenir des « guerriers pacifiques » 

L'association des deux termes est inédite, voire contradictoire, j'en conviens. 

J'ai emprunté l'expression à Dan Milman, un auteur américain qui a écrit « Way of the peaceful warrior » (Le guerrier pacifique), livre dont j'ai déjà parlé et que je recommande vivement,


Qu’est-ce qu’un guerrier pacifique ? 

C’est quelqu'un qui a des convictions, mais ne cherche pas à les imposer comme étant les seules valables. Il ou elle est déterminé(e) à faire ce qui lui semble juste, et à vivre selon ses principes. 

Il ou elle accorde aux autres le droit d'être qui ils sont, de penser ce qu'ils veulent, et même d'être en désaccord avec lui. Il ou elle sait que chercher à les convaincre est un combat inutile, qui ne fera que provoquer résistance et conflit. 

Le guerrier pacifique est prêt à se battre si nécessaire, pour défendre une cause ou une personne qui lui semble juste. Mais il ou elle cherchera d'abord la voie/voix de la paix, par l'écoute et par l'acceptation de l'autre et de ses différences. 

Le guerrier pacifique pourra aussi choisir de s'enrichir de ces différences, son point de vue n'est ni rigide ni figé. Mais il ou elle saura aussi refuser que l'autre cherche à le convaincre que « sa » vérité est la seule et l'unique. Le guerrier pacifique n'est pas influençable ou manipulable. Il saura s'éloigner quand il le faut, et se battre quand il le faut. 

Etre un guerrier pacifique, c'est aussi être pacifique vis à vis de soi : cela commence par écouter comment nous exprimons nos expériences, comment nous parlons de nous. C'est changer son vocabulaire : remplacer « je vais / je dois me battre contre ... » par « je fais ce qu'il faut pour changer ce qui me déplaît ».   

C'est dire « j'agis dans le sens qui est bon POUR moi et pour les autres. » 

Etre un guerrier pacifique, c'est éviter de faire ou d'aller « contre » une autre personne, ou les circonstances. 

Etre un guerrier pacifique, c’est être solidaire en fonction de ses moyens et de ce qu’on peut faire à son échelle. 

Etre un guerrier pacifique, c’est faire au mieux au vu des circonstances, en se respectant et en respectant autrui. C’est par exemple respecter les règles du confinement, pour ne pas se mettre en danger et pour ne pas mettre les autres en danger.


Etre un guerrier pacifique, c'est faire preuve de bienveillance et de compassion vis à vis de soi-même, reconnaître qu'à chaque instant, chacun de nous fait du mieux qu'il peut.  

Etre un guerrier pacifique, c’est ne pas répondre à l’agression de celui ou de celle qui souffre et nous attaque, parce qu’il ou elle pense que nous sommes responsables. 

Donc, si nous cessons de croire que la vie est un combat, et que nous libérons toute l'énergie consacrée à nous battre à chaque instant, que pouvons-nous créer de différent dans nos vies ? 

Cela risque d'être intéressant ! 

Et pour finir, une citation de mon ami Lao Tseu (eh oui, lui aussi !!! ) qui illustre bien le fond de ma pensée :


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