Dialogue interne et dialogue externe

Ceux qui me connaissent bien savent que je n’ai pas la langue dans ma poche, et que je dis ce que je pense. Pas brutalement ni méchamment  mais honnêtement 

Ça n’a pas toujours été comme ça.  

Pendant longtemps, trop longtemps sans doute, je ne disais pas ce que je pensais pour ne pas faire de peine, pour ne pas blesser, pour ne pas heurter la sensibilité des autres... 

Parce que ça ne se fait pas. 

Parce que je ne pouvais pas leur faire ça...   

Enfin toutes ces excuses héritées d’une éducation judéo-chrétienne bien-pensante. (Allez, celle-là elle est pour moi, ça me fait plaisir !

Donc, même si les gens me parlaient mal ou ne se comportaient  pas bien avec moi, je ne disais rien, je leur trouvais même des excuses comme « Elle vit quelque chose de difficile en ce moment », « Il ne pense pas ce qu’il dit»,  «Il est énervé, »  « Ce n’est pas grave » (Cette phrase-là est une de celles qui m’énervent le plus, elle fera même l'objet d'un post à venir, avec une ou deux de ses meilleures copines !!!

Et plein d'autres bonnes raisons qui n’en sont pas. 

Je ne pense pas qu’il s’agissait de lâcheté de ma part, mais surtout de l’envie de ne blesser personne. Et peut-être aussi, de façon sous-jacente, pour ne pas perdre leur affection… 

J’avais juste oublié une toute petite chose, un rien, une broutille. Je suis distraite parfois. 

Il y avait bien une personne qui était blessée, meurtrie, parfois humiliée. 

Moi. Personnellement. Moi-même. Un rien je vous dis. 

Ou pas ? 

Mais même si une partie de moi en avait conscience, je ne voulais pas le voir. Alors je rationalisais à tour de bras, en me disant que j’étais forte, que je pouvais le supporter. Après tout, ils n’avaient pas de mauvaises intentions, ils étaient juste malheureux, les pauvres... 

Je me souviens d'avoir lu « celui qui blesse a été blessé » et j'ai trouvé ça tellement vrai. Alors je me devais de faire preuve de grandeur d’âme, comprendre et pardonner. C'est beau non ? Admirable, même. Si si, je vous assure. 

Bon, trêve de billevesées et de mensonges à soi-même.  

En fait, ça n’aidait personne, même si j’avais l’impression que c’était gentil.  

Ah, le mot est lâché. 

Je pensais que j’étais une personne gentille et bienveillante, et que tous les autres finiraient par se rendre compte de ma grande bonté, et changeraient leur comportement, honteux de m’avoir traitée si mal. (Bon je vous l’accorde, j'ai en moi l'étoffe d'une tragédienne !) 

Et je ne vous l'ai peut-être pas dit, mais « naïve » et « candide » sont mes deuxième et troisième prénoms. Sylvie Naïve Candide MORIN, joli, non ? 

Au fond de moi, je savais très bien que ce n’était pas juste, mais j’avais tellement envie d'être quelqu’un de bien. 

Je me demande si je suis la seule à penser ça ? 

Bon, puisque nous en sommes aux confidences, je dois vous dire que je suis une irréductible « croyante », j’ai foi en l’humanité, je pense que les gens sont intrinsèquement bons, Mais que la vie et les expériences les ont maltraités et meurtris, et qu’ils font du mieux qu’ils peuvent. (Y'a du Jean Jacques Rousseau là-dedans, « l'homme naît bon, c'est la société qui le corrompt. » J'ai adoré les cours de philo !) 

Et pour être totalement transparente, j’ai longtemps été la Reine des Bisounours. Mais j’ai démissionné, ou abdiqué plutôt, pas beaucoup d’avenir dans ce métier-là. 

Donc dans ma candeur naïve, j’ai pensé que je pourrais changer les choses, au moins avec les gens autour de moi, et je suis partie en croisade pour leur montrer la voie.  

Je sais, ça semble assez grandiloquent tout ça, mais je manque parfois de mesure. Tragédienne je vous dis ! 

Alors pensant leur montrer qu’il y avait une autre façon d’être, j’ai laissé faire, j’ai laissé les gens se comporter mal avec moi sans rien dire. Genre « tendre l’autre joue », vous voyez le topo ?  

Ah lala le conditionnement était bien en place ! Mais c’est ce qu’on m’a appris depuis toujours, comme sans doute a beaucoup d’entre vous, Alors j’y ai cru. 

Jusqu’à ce qu’un jour, parce que naïve je suis, mais idiote certainement pas, je me rende compte que ce n’était pas juste et que je commence à mettre le holà.  

J’ai arrêté de me laisser faire et de laisser dire. J’ai commencé à dire non, à mettre les limites, en d’autres termes à me remettre au centre de ma vie.  

On pourrait dire aussi que j’ai commencé à me respecter davantage.  Parce que si les autres ne vous respectent pas c’est bien souvent parce que vous ne vous respectez pas vous-même  et ils sentent bien ce qui est possible avec vous. 

Pas très noble tout ça mais tellement humain. Quand les gens ne vont pas bien, le premier réflexe est souvent de trouver quelqu’un qui va encore moins bien, et de s’en prendre à lui ou à elle, pensant qu’ils se sentiront moins mal. Au lieu de chercher à s'élever, à passer au-dessus, et à sortir grandis de l'expérience, ils rabaissent l'autre et se rabaissent en même temps. Ce qui n'arrange pas la vision qu'ils ont d'eux même… Fichtre, ce n’était pas le résultat escompté. 

Quand on ne se laisse plus faire, au début les autres sont surpris. « Comment ça, ça ne marche plus ? » et ils vont essayer de vous faire revenir « comme avant ». Parfois en devenant super gentils (berk) pour endormir votre méfiance et mieux recommencer après. 

Mais si vous tenez bon ils arrêteront.  

Dans mon cas, chose étonnante, les personnes en question n’ont pas vraiment changé de comportement, elles ont purement et simplement disparu de ma vie.  

Ça ne s’est pas fait en cinq minutes bien sûr mais au bout d’un moment elles n’étaient plus là. Et d'autres personnes sont apparues, qui ne se comportaient pas du tout comme cela... Hum, étrange non ? 

Si j’osais un parallèle peut-être un peu provocateur (ce qui n’est pourtant pas mon genre !), c’est comme ces manipulateurs qui ne s’attaquent qu’à ceux qui ne peuvent / savent pas se défendre. 

Bon c’est logique aussi on ne va pas s’attaquer à plus fort que soi. Pas fou non plus, Pas envie de se prendre des baffes. 

Et pour en revenir à notre sujet du dialogue interne et ce qu’on pense et qu’on dit de soi, pas toujours (voire même rarement consciemment) un ami coach m’a fait remarquer quelque chose que je disais assez souvent. 

Comme je l'écrivais en préambule, maintenant je suis capable de dire les choses comme elles sont et comme je les sens, et ça ne fait pas toujours plaisir aux gens à qui je le dis. 

Ils peuvent parfois me dire des choses comme « ce n’est pas gentil. » 

Et alors je réponds invariablement « mais je ne suis pas gentille, c’est une légende urbaine de penser que je suis gentille  ! » 

Donc cet ami me fait remarquer que je disais ça assez fréquemment. Je commence par rigoler, bien contente de ce que je considérais comme un trait d'humour hilarant et inattendu, jusqu’à ce qu’il me pose la question « est-ce que tu essayes de t’en persuader ? » 

Et là fini de rire. Ça m’interpelle drôlement.  

Pourquoi est-ce que je ne veux absolument pas être vue comme gentille, alors que je sais que je suis bienveillante et compatissante ? Ce qui, si on regarde bien, est la même chose, non ? 

Donc ce n’est pas le concept de la gentillesse qui me dérange, c’est le mot. 

Ah ah, élémentaire, mon cher Watson. Dans mon histoire, être gentil, c'est être faible et manipulable, c’est se faire marcher dessus, c’est ne pas être respectée, c’est laisser-faire aux autres des choses qui ne sont pas acceptables. 

Donc dans ce contexte, être gentil ce n’est pas une qualité, c’est un fardeau. 

Ah ben je ne l’avais pas vu venir celle-là !  

Mais c’est logique, j’ai été gentille pendant tellement longtemps, et vu ce que ça m’a rapporté, ce n’était visiblement pas la bonne tactique. Donc je ne veux pas être vue comme gentille. CQFD. 

En fait, je me battais contre un conditionnement, que je ne suis sans doute pas la seule à avoir reçu : il faut être gentil !  

Admettons. Et même l'idée est plutôt sympa en fait. 

Mais ce qu’on a oublié de nous expliquer c’est les limites de ça. 

On aurait pu nous parler de bienveillance, envers les autres et envers soi (ah tiens une autre croyance sympa : « penser à soi, c’est être égoïste ce n’est pas bien ! ») 

Mais ce n’est pas ce qui nous a été enseigné. Gentillesse s’est vite apparenté à faiblesse et a laisser faire. 

Pas fun. 

D'où le rejet. 

Mais en fait c'est juste un mot, qui n'a que le sens que je lui donne, avec toute la charge émotionnelle associée.  

Hum. Mais ne suis-je pas spécialiste de la libération des émotions ? N'ai-je pas dans ma boite à outils de multiples techniques pour alléger cette charge, voire même la neutraliser ?  

Je crois bien que si.  Flûte alors ! 

Mais parfois, c'est difficile de voir cela tout seul. Même si c'est mon métier, et que j’aide les autres à le faire tous les jours. 

Alors petite série de questions pour vous aujourd’hui :  
    • Que disent les autres de vous et que vous ne voulez pas croire ?
    • Qu’est-ce que vous ne voulez absolument pas être et que vous êtes quand même ? (Vous perdez une énergie folle à lutter contre vous même !)
    • Quelle partie de votre identité reniez-vous, parce qu'elle ne vous a pas rendu que des services ? (Il serait bon d'en prendre conscience et de l’utiliser à votre avantage pour changer !)
    • Qu'est-ce qu'on vous a dit que vous deviez être, et vous ne voulez pas, parce que vous ne voulez pas croire cette personne ? (Un indice, c'est ma mère qui m'a dit toute mon enfance qu'il fallait être gentil, elle l'était profondément, et ça ne lui a pas fait que du bien !
Souvenez-vous que nos croyances vont influencer notre dialogue interne, et donc notre dialogue externe, la façon dont nous allons nous exprimer à propos de nous-même et de nos expériences. Elles impactent notre façon de nous voir et de nous considérer, notre image de nous-même et par extension notre confiance en soi et notre estime de soi. 

Ce n'est pas anodin tout ça.

Alors, par rapport à tout cela, vous changez quoi cette semaine ?

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